Sur la route de Remerschen

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Je compte bien profiter de cette magnifique après-midi couverte d’un ciel bleu turquoise pour déambuler dans la vigne. A quelques encablures du pont de Schengen qui relie le Luxembourg et l’Allemagne, je me dirige vers les côtes de Remerschen dont le raisin est en pleine véraison.

Parcourant les champs uns à uns, je ne me doutais pas que j’étais sur le point de faire une rencontre des plus insolites. Sous ce soleil de plomb, je tombe par hasard sur un homme littéralement trempé de sueur, un chapeau de paille vissé sur la tête. Ce n’est que plus tard que j’ai su à qui j’avais à faire. En effet, j’ai préféré briser les codes du who’s who privilégiant l’originalité d’une rencontre inopinée.

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Je fais signe de la main au vigneron pour le saluer puis me rapproche pour lui parler. Présentation faite de mon coté, il accepte que je le photographie pendant qu’il soigne une parcelle d’auxerrois. D’emblée, les sujets fusent (école d’œnologie en Allemagne, Privatweinzer, institut viti-vinicole à Remich,…). Il me livre des impressions parfois élogieuses, parfois mitigées. Le bruit du sécateur poursuit sa mélodie avant de cesser quelques instants. Le viticulteur saisit une feuille de vigne et me la montre pour que je la photographie : « regardez, la vigne a été infectée par le mildiou cette année, c’est important de traiter rapidement si on ne veut pas voir toute sa récolte dévastée par ce champignon. Si on traite à temps, il n’a pas le temps de refaire un cycle et on préserve ses grappes intactes pour la récolte.» Je constate que la parcelle du propriétaire située juste au dessus de la sienne n’a pas été épargnée et que tout est presque déjà ravagé.  « Certains propriétaires font du vin comme ça, en plus de leur activité principale. La vigne réclame une attention permanente. Par manque de temps, on peut tout perdre. »

Je le lance sur les producteurs de vin bio au sujet du traitement de ce genre de maladie et me rétorque : « Ca risque d’être très compliqué pour eux cette année d’un point de vue production ». Je lui demande sans détour ce qu’il pense concrètement de la culture bio. « Les viticulteurs bios n’ont pas d’autre choix que de traiter la vigne avec le cuivre. S’agissant d’un métal lourd, on peut s’interroger sur l’aspect réellement « bio » de la chose. » Je hausse les épaules lui demandant s’il y’a une solution alternative et il paraît avoir son idée là-dessus : « En réalité, la solution serait peut-être de cultiver des cépages originaires des Etats Unis. Le mildiou vient de là-bas, les vignes sont donc plus ou moins immunisées maintenant. Mais ça n’enlève en rien que le climat est humide au Luxembourg. Ce n’est donc pas certain que le problème se règle à 100%.»

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L’effeuillage de la parcelle d’auxerrois étant terminé, il m’invite à venir voir une parcelle d’un autre cépage située un peu plus haut sur la côte. Nous grimpons quelques minutes puis le vigneron joue une nouvelle fois de son sécateur pour que les grappes soient pleinement exposées au soleil. «  Ici c’est une parcelle de pinot noir à partir de laquelle je produis notamment du blanc de noirs. C’est un vin blanc produit à partir de raisins rouges ou noirs mais dont le jus est blanc. Puis un jour, j’ai entendu : tiens, il fait du blanc de noirs parce qu’il ne sait pas faire du bon rouge peut-être… ». Il n’en fallait pas plus pour chatouiller notre homme. « Donc j’ai voulu relever le défi du rouge.»

Avant de nous quitter, je l’interroge sur les prochains soins qu’il devra apporter à cette vigne. « Depuis quelques années, nous avons les sangliers qui remontent des massifs forestiers situés un peu plus bas sur Remerschen et nous dévorent les grappes de raisins une fois qu’elles arrivent à maturité. Le mois prochain, je vais devoir protéger la vigne avec des filets pour éviter la destruction d’une partie de la production » me dit-il un brin agacé.

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Après une heure de discussion sous 38 degrés à l’ombre, mais sans ombre… Nous regagnons la voiture, rangeons le matériel et profite enfin pour lui demander le nom de son domaine. En guise de réponse, le vigneron ressort son sécateur du coffre de sa voiture. La scène fait penser au gars qui révèle à quelqu’un qu’il est tueur à gages et maintenant qu’il est au courant, il n’a pas d’autre choix que de le supprimer, abandonnant son corps au milieu de la vigne… Heureusement pour moi, l’outil sert simplement à découper une partie d’un courrier qui émane des contributions sur lequel figure le nom et l’adresse du domaine : « passez me voir au mois de Septembre, vous viendrez gouter quelques vins chez moi ». Le rendez-vous est pris. Je glisse soigneusement le morceau de papier dans la poche dans mon short pour ne pas égarer la carte de visite la plus originale qu’on ne m’ait jamais remis en 15 ans de métier : celle de Charles Decker, viticulteur à Remerschen et récompensé à maintes reprises par le guide Hachette des Vins pour son vin de paille en Auxerrois, Pinot Blanc et Pinot Gris.

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